26.01.2005

Les nuages s'amoncellent au-dessus de Delanoë

Les nuages s'amoncellent au-dessus de Delanoë PARIS En difficulté sur de nombreux dossiers, en baisse dans les sondages, le maire de la capitale demande à sa majorité de riposter à l'opposition.
Myriam Lévy
[23 janvier 2006]

IL RESTE encore deux bonnes années jusqu'aux prochaines élections municipales de 2008, mais, déjà, la nervosité a gagné les couloirs de l'Hôtel de Ville. Pendant quatre ans, l'équipe municipale a semblé flotter sur un petit nuage de popularité et l'assurance d'avoir raison sur tout. Epaulée par une équipe de communication hors pair, rien n'avait prise sur elle et l'opposition, abattue par sa défaite de 2001, s'époumonait en pure perte. Mais depuis quelques semaines, la municipalité de gauche a changé de tactique. «Il y a une consigne nouvelle, raconte un élu socialiste. Il faut répondre systématiquement à toutes les critiques de la droite.»


Plus question, donc, de traiter l'opposition avec dédain, quitte à lui donner plus d'importance médiatique qu'elle n'en gagnerait toute seule. Au risque d'ouvrir un peu trop tôt les joutes électorales, toutes les critiques de l'opposition sont désormais décortiquées et contestées.

Panafieu, cible favorite


Première à en faire les frais : Françoise de Panafieu, avec la sortie de son livre Mon Paris gagnant (nos éditions du 14 janvier). Candidate la mieux placée à droite face au maire, qui conserve toutefois une confortable avance, le député maire du XVIIe arrondissement a eu droit à une allusion lors des voeux du maire, qui a contesté les chiffres qui figurent dans son ouvrage, et à des communiqués vengeurs de trois adjoints au maire, chacun dans son style : plutôt argumenté de la part de l'adjoint radical au tourisme Jean-Bernard Bros, proche du procès d'intention pour celui émanant de la première adjointe Anne Hidalgo (qui lui reproche de s'interroger sur le montant des subventions versées aux associations homosexuelles) et un troisième très agressif de Clémentine Autain (app. PCF), élue elle aussi du XVIIe.


Mais elle n'est pas la seule dans le collimateur. Les parlementaires de la droite parisienne seront, dans les mois qui viennent, systématiquement mis en cause pour les défaillances financières de l'Etat. Et en feront peut-être les frais. Ainsi le maire a-t-il évoqué, il y a quelques semaines, la possibilité d'utiliser des crédits alloués par l'Etat à la couverture du périphérique dans le XVIIe arrondissement de droite, au profit du XIVe, arrondissement de gauche, l'Etat ayant décidé de ne pas honorer la totalité des engagements pris dans le cadre du contrat de plan.


Si l'attitude de la municipalité change, c'est que les nuages s'accumulent. Certes, selon le dernier sondage CSA pour Le Parisien et Le Nouvel Observateur, Bertrand Delanoë conserve une cote très positive de 60% de satisfaits. Mais il est en baisse de 18 points par rapport au score qu'il enregistrait dans la précédente livraison, en 2003. A la mairie, on souligne que le score de 2003 était exceptionnellement élevé car mesuré peu après que le maire a reçu un coup de couteau. Certes. Il n'empêche que ce sondage mesure la grogne des Parisiens, qui sont mécontents de la politique municipale en matière de lutte contre la pollution (60%), de stationnement (60%), de circulation automobile (69%) ou de prix des logements (81%).


Des mesures mal comprises


Juillet 2005 a sonné la fin de la récréation pour l'équipe de Bertrand Delanoë : avec l'échec de la candidature de Paris aux Jeux olympiques, c'est le moteur de la fin de mandat qui est tombé en panne. Faute de projet fédérateur, les Parisiens ont braqué leur regard sur les travaux qui éventrent les chaussées parisiennes, du tracé du tramway des Maréchaux au boulevard Magenta, et ceux qui, déjà réalisés, n'ont rien à envier au Père Ubu, qu'il s'agisse des Quartiers verts, de la forêt de feux tricolores du boulevard Saint-Marcel ou des couloirs géants où le nombre de bus n'a pas augmenté d'une unité. Les incendies successifs dans des immeubles accueillant des personnes en grande difficulté ont aussi révélé aux Parisiens une réalité moins rose que celle que l'équipe municipale a l'habitude de mettre en valeur. Surtout, les Verts ont montré par leur fronde de l'automne qu'ils étaient capables de perturber le fonctionnement de l'exécutif municipal. Un coup de semonce qui pèsera lourd au moment de préparer l'échéance de 2008.

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